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Deux heures

Les soixante-dix sept de Laez

5 min de lecture · 1 142 mots

Deux heures

Un son de cloche retentit.

Puis une autre cloche, plus petite sonna. Puis une autre, puis une autre, puis encore une autre.

Au bout d'un moment, les soixante-dix sept cloches de la cité de Laez avaient toutes sonnées. Leur son se propagea dans toute la cité avant de se perdre à travers les cieux.

– Non, déjà ! Vite ! S'exclama une jeune fille, réveillée par les cloches.

Elle se leva en hâte de son lit, se couvrit de vêtements chauds, et sortit en toute vitesse de sa maison. Le vent lui fouetta le visage aussitôt la porte ouverte, mais elle avait l'habitude, elle qui vivait depuis toujours dans l'archipel céleste.

La cité céleste de Laez était un territoire se situant à plusieurs mètres au-dessus du sol de Sethemba, et qui était totalement cachée par les nuages. De fait, il s'agissait d'un archipel d'îles totalement isolé du reste du monde.

Pour rejoindre sa destination, Ayushi fit appel à une Alamentie, ces animaux volants qui profitaient des courants d'air forts pour se mouvoir dans le ciel. Ayushi en repéra une située sur un courant ascendant qui la ramènerait tout près de l'endroit qu'elle voulait.

A l'aide de sa main, elle l'appela en sifflant. L'animal, docile, s'approcha de lui-même, et se laissa attraper les pattes pour qu'Ayushi fasse un bout de chemin avec lui. Après quelques minutes, elle le remercia pour le trajet.

Entrée dans le Temple des vestales, elle n'était pas la seule sur place. Toutes ses consœurs étaient présentes malgré l'heure, et portaient déjà leurs vêtements de cérémonie. Ayushi était visiblement la dernière des soixante-dix sept vestales à être arrivée.

– Toujours en retard, mademoiselle Ayushi.

Face à cette remarque, Ayushi ne pût que baisser la tête de honte.

– Toutes mes excuses, Haute vestale Rabiya.

– Va donc te changer. La cérémonie commencera bientôt.

La plus jeune des vestales s'habilla à la hâte, puis rejoignit les rangs formés par les autres membres. Toutes attendaient silencieusement depuis quelques temps le début de la communion. Placées en cercle, elles étaient prêtes à commencer.

La Haute vestale s'avança lentement jusqu'au centre du cercle formé par les vestales, et qui suivait un cercle inscrit au sol. Aussitôt atteint-elle le centre que le cercle au sol s'illumina pour former une sorte de rosace complexe.

– Mes sœurs, si nous avons été appelées à nous rassembler ci-tôt, c'est pour célébrer un jour heureux. La reine vient de donner naissance au soixante-dix septième héritier de la Cité de Laez. Pour son bonheur ainsi que celui de toute la Cité, prions et dansons pour lui.

Avec grâce et sérieux, les vestales prièrent et dansèrent successivement sous le dôme étoilé du Temple. Chacun de leurs rituels avaient pour visée une célébration possible, et c'était la première fois qu'Ayushi participa à celle pour une naissance royale, bien qu'elle avait appris les mouvements à effectuer pour une telle célébration dans le cadre de sa formation.

Dans un moment d'égarement, elle se demanda à quoi pourrait bien ressembler ce bébé, et ce que ça devait faire d'être une mère pour la reine. En réalité, il s'agissait de son amie d'enfance, Prachi. Ayushi ne l'avait plus vu depuis qu'elle était devenue Reine. Elle avait été choisie par le Roi du jour au lendemain, tout cela avait été si soudain.

– Ah !

Ayushi avait manqué de marcher sur la robe de l'une des vestales les plus âgées, Gunjan. Cette dernière lui lança un regard noir, mais continua le rite en silence. Ayushi et elle ne s'étaient jamais vraiment entendues de toute façon.

La Haute vestale Rabiya se plaça de nouveau au centre de la rosace, et attendit que toutes soient revenues à leur place initiale.

– Nous souhaitons toutes paix et prospérité pour le nouveau-né de la famille royale, ainsi que pour nous tous à Laez.

– Paix et prospérité pour le nouveau-né. Paix et prospérité à Laez. Répétèrent-elles toutes en cœur.

Alors que toutes les vestales repartirent chez elle, Ayushi décida d'attendre un peu pour parler un peu avec la Haute vestale.

– Haute vestale Rabiya, est-ce que vous pensez que je...

– Voir Prachi, c'est-ce que tu veux, n'est-ce pas ?

Ayushi resta interdite. La Haute vestale Rabiya était quelqu'un de perspicace, comme toujours.

– Je dois me rendre au palais pour rendre visite au nouveau-né... Je peux demander aux gardes de te faire passer.

– Oh ! Mille mercis Haute vestale !

Après un petit moment, elles sortirent pour arriver au point le plus haut de la Cité de Laez, le palais royal.

Pour ce faire, elles n'eurent pas besoin des Alamanties cette fois-ci. Elles utilisèrent directement un téléportateur présent dans le Temple. Il y avait ci et là des téléportateurs dans Laez, et Ayushi ne regrettait pas d'être dans une île trop petite pour être équipée de cet appareil fantastique. Elle aimait beaucoup trop les sensations procurées par les vols avec les Alamanties.

Une fois arrivé devant le palais, la Haute vestale se présenta devant les gardiens, suivie d'une Ayushi intimidée par sa venue au palais pour la première fois.

Heureusement, la Haute vestale disposa de suffisamment d'influence pour pouvoir entrer au palais accompagnée. Il faut dire aussi qu'il semblait évident qu'Ayushi ne représentait pas une menace.

A l'intérieur du palais, silence le plus total. C'est vrai qu'il était presque trois heures, mais Ayushi s'était attendue à plus d'animation suite à la naissance de l'enfant de son amie.

– Haute vestale Rabiya. Fit une voix grave.

Les deux vestales se tournèrent face à un homme d'une grande taille.

– Haut Gardien Sidarth. Je viens pour bénir l'enfant, ainsi que pour une demande spéciale.

– Oui, l'enfant. Le voici.

Le dénommé Sidarth dévoila un pan de sa cape pour montrer un panier en osier contenant un bambin en train de dormir paisiblement.

– Merci de l'avoir apporté jusqu'ici. Avant de procéder à la bénédiction, est-ce que vous pourriez demander à l'un de vos subordonnés de guider cette jeune vestale auprès de la Reine ? Il s'agit d'une amie de longue date qu'elle n'a pas vu depuis des années.

C'est seulement à ce moment que le Haut Gardien remarqua Ayushi, qui se sentit toute petite face à ce colosse responsable de la sécurité du palais et de toute la Cité.

– Je crains que cela soit impossible.

– Pardon. Fit la Haute vestale Rabiya.

Le Haut Gardien Sidarth garda le silence quelques instants, l'air grave, puis :

– La Reine Prachi n'est plus. Elle est décédée suite à l'accouchement. Je suis sincèrement désolé.

– Que...

La vue d'Ayushi devint floue, et elle tomba sur les genoux, la bouche ouverte, essayant d'articuler quelque chose.

– Pra... Prachi ne peut pas...

Au moment où elle prononça ses mots, elle distingua derrière le Haut Gardien deux hommes du palais en train de porter une civière recouverte par un drap, mais d'où pendait une main. La main d'une jeune fille.

Ayushi hurla. Son cri fut entendu de tous ceux dans le palais, mais ne réveilla pas le bébé, seul héritage de son amie.

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