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Spoilers du wiki

1er Abordage

La toute première réussite

6 min de lecture · 1 429 mots

77ème jour de l'Hiver, J-153 avant le retour à Clutée

Le voilà, le tout premier abordage. Le déblocage décisif après tous ces doutes, toutes ces hésitations, toutes ces fois manquées... et après ce concours de circonstances qui m'avait ramené à l'autre bout de Sethemba, jusqu'à Jaratiba. Je l'avais fait.

Tout a commencé en cherchant un hébergement plus proche de mon lieu de travail. Après vingt-cinq nuits chez Siele, je souhaitais trouver un vrai pied à terre. Ainsi, j'avais été amené à visiter une villa dans le quartier de Tamoío, entre Galapa et Palengo.

Pour être exact, il s’agissait une colocation. Je m'étais attendu à voir des jeunes. Mais étonnamment, la moyenne d'âge des sept autres colocataires tournait vers la quarantaine. De ce que j'avais compris, il y avait surtout des pères divorcés. Il y avait également une femme toujours en déplacement qui se servait de la maison comme pied à terre, mais je ne la verrais que trois fois sur tout mon séjour.

Seule la plus petite chambre était encore disponible : un bureau, un lit et une armoire. Vu mon maigre budget, c'était parfait. Et puis, le reste de la maison disposait d'une piscine, d'une grande salle de célébration, d'une bibliothèque, de deux cuisines, d'une cour abritée du soleil... Il y avait largement de quoi être heureux. Le locateur m'avait confié qu'il s'agirait d'une ancienne propriété de fonction des ambassadeurs de Tallbion.

Sandales, chemise à fleurs ouverte sur son torse, teint hâlé. Il avait la panoplie du Jaratibien parfait. En tant que bon commerçant, il m'alerta que je n'étais pas le seul à être intéressé par la chambre, qu'il parlait avec d'autres potentiels clients, et qu'il fallait prendre une décision rapidement... Évidemment, il avait recours à ces techniques de manipulation connues dans le milieu de la vente consistant à créer un sentiment d'urgence pour presser le prospect à prendre une décision.

Après lui avoir confirmé d'un ton neutre que j'étais intéressé par la chambre et que je lui ferais un retour sous peu après avoir fini mes visites, je sortis pour me mettre en route vers le deuxième appartement. Celui-ci était à Palengo, à quelques rues de l'endroit où s'était produit le bloco ''Si Seulement Cette Rue Était Mienne''. Le souvenir du Carnaval était déjà si loin... et si proche.

Sur mon chemin, je dus traverser le parc d'Eliga. Un des rares parcs de la ville. En forme de croissant, le parc vraiment l'impression d'être dans la nature. Parcouru de part en part par une rivière prenant sa source en hauteur, c'était aussi plein à craquer de végétation exotique, d'animaux comme le Kanbira, un animal rondouillet mi-terrestre mi-aquatique et plutôt paisible. Les plus grands portaient les plus petits sur leur dos, formant une pyramide. Par contre, je ne vis pas un seul Jaratibien en entrant.

Toutefois, il y eut cette personne.

Une fille, dans le parc, allongée sur une serviette avec les pieds en l'air croisés, et un bouquin d'ouvert. Manifestement Jaratibienne : les yeux en amande bruns, une finie bouche et une cascade de cheveux noirs couvrant son haut rose.

J'étais passé à côté d'elle en simulant d'être perdu sur mon GPS. Je descendais le Parc, m'éloignais d'elle, puis m'arrêtai un temps. Elle ne m'avait pas remarqué, plongée dans sa lecture. Moi, mes yeux étaient toujours rivés sur mon téléphone. Mais mon esprit était ailleurs.

Elle n'était pas ''effrayante''. Enfin, je voulais dire qu'elle ne donnait pas l’impression d'une fille qui me terrasserait si je me risquais à lui souffler un petit ''Bonjour''. Et il n'y avait personne aux alentours. Le risque de se faire briser socialement était donc réduit.

Les astres étaient alignés : c'était une occasion en or pour réaliser un abordage, mon tout premier. Et même, avec la quinzaine de fois où je m'étais exercé à parler à des inconnus, on pouvait dire que j'avais déjà un peu d'expérience. Oui ! C'était faisable ! Je n'avais qu'à faire comme durant ces entraînements.

Il n'y avait qu'un seul et unique obstacle qui me barrait la route : c'était moi. J'étais encore planté au milieu du chemin, comme un idiot, à jouer le touriste paumé. Le parc était en ligne droite, donc je n'étais pas très convaincant. La fille ne m'avait toujours pas vu, mais ce n'était qu'une affaire de temps à ce rythme. J'étais rongé par la pression.

Mince ! Si je ne commençais pas aujourd'hui, quand est-ce que je commencerais ? Ça faisait déjà un certain temps que j'étais à Jaratiba, et déjà des années que j'avais cet objectif en tête. Je n'avais toujours rien fait, je m'emmurais dans mes propres angoisses.

– Aller... me murmurais-je à moi-même.

Après trois longues minutes à rester collé sur mon écran, j'effectuai un pivot parfait à cent quatre-vingts degrés. Un pas... Deux pas... Trois, et temps d'intermittence... Non ! Aller ! Pas comme l'autre fois ! Trois pas ! Quatre pas ! Cinq, Six, Sept !

Avec la boule au ventre, je me dirigeais tant bien que mal vers la fille du parc. Je suais à grosses gouttes, et ce n'était pas uniquement à cause du soleil. Mon corps était réglé comme l'automate qu'il était devenu en demandant mécaniquement son chemin, mais mon cœur lui, surchauffait face à l'épreuve dans laquelle je me jetais.

Comme elle était allongée sur l'herbe, je dus m'engager hors du chemin pour aller la rejoindre. Au premier pas posé sur la surface verte, elle détourna aussitôt son attention de son ouvrage. Nos regards se croisèrent. Je déglutis, mon estomac se noua un peu plus. Impossible de faire machine arrière maintenant, marche avant toute.

J'avançais lentement vers elle, elle ne me quitta pas des yeux. Je la vis poser son livre contre sa poitrine. Geste d'auto-défense naturel au regard de la situation. Lorsque je fus arrivé en face, on s'évalua mutuellement, puis je pus demander comme toutes les autres fois :

– Excuse-moi. Je cherche le quartier de Miramar, mais mon GPS ne marche pas très bien.

– Pour aller à Miramar, il faut que tu ailles tout droit en sortant du parc !

– M-Merci, répondis-je peu assuré.

Elle m'avait donné la direction avec un sourire donnant confiance, et elle ne semblait pas embêtée plus que ça par ma présence. Peut-être même qu'elle était juste rassurée de savoir que je n'étais venu que pour ça ?

Je ne pouvais pas m'arrêter là, je cherchai donc un prétexte pour prolonger la conversation.

– Tu lis quelque chose ?

Même maintenant, je devais beaucoup aux écrits.

– Je lis un poème de Kaja Duta, tu connais ?

– Pas du tout. Mais j'aime bien lire moi aussi.

– C'est une écrivaine de Jaratiba. Je te conseille, ça se lit bien. Tu viens d'où ?

Une question !

– Clutée.

– Ah oui ? C'est loin mais ça a l'air magnifique !

– Jaratiba est très belle comme ville aussi, répondis-je en souriant à mon tour.

– C'est vrai... C'est différent.

Même si j'étais plutôt gauche, le feeling était plutôt bon. Je me décidai à me lancer.

– Je dois y aller, j'ai un rendez-vous pour la visite d'un appartement. Mais si tu veux... On peut se revoir un jour ?

Et...

– Oui pourquoi pas ? Tu t'appelles comment ?

– Ylan. Enchanté.

– Ok Ylan. Maitê, enchantée.

On se serra la main de manière assez formelle, mais toujours avec un sourire. Puis vint le moment de saisir son numéro. Rien qu'en prenant mon téléphone, j'étais tout tremblant. Je m'étais trompé à deux reprises sur la saisie de ses coordonnées avec le stress, mais elle m'avait corrigé sur les deux fois. Je lui répondis que ça devait être à cause du soleil, ça la fit doucement rire.

Après ça, on se salua. Je repris ma route vers le second appartement. Le nœud au ventre fut remplacé par un sentiment de satisfaction béat. Le soleil me sembla briller encore davantage.

Je ne m'en rendis pas vraiment compte. Après tant d'années d'hésitations, je l'avais fait. Je m'étais prouvé que j'étais capable de parler avec une inconnue et de créer du lien. J'étais un enfant très timide, et carrément mutique quand j'étais plus jeune. Mais c'était possible de changer. Aujourd'hui, j'avais fait un pas vers ce changement.

A partir de ce jour, j'étais prêt à débuter ma quête !


L'abordage avait une suite : elle était sur LifeNote, cette messagerie en ligne utilisée un peu partout dans le monde.

Maitê et moi avions un peu échangé dessus, puis elle avait arrêté de me répondre. Je ne compris pas le pourquoi du comment, mais ce ne fut pas si grave que ça. J'étais toujours aussi heureux d'avoir franchi le pas.

L'aventure pouvait commencer !


Leçons du jour :

– Aborder avec succès, c'est possible !

– Je suis vraiment bête d'avoir attendu toutes ces années pour aborder une fille... Le courage et l’honnêteté paient ! Vivement la suite.

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