Quinze heures
Un des souvenirs de notre enfance
Quinze heures
– Déjà quatre heures qu'on est chez toi !
En guise de réponse, leur ami rota, signe qu'il digérait activement le kebab qu'il venait de manger.
– On était parti en mode déter pour faire du sport, et on se retrouve affalés sur le canap avec un kebab dans le bide.
Sept amis d'enfance vivant à Gonessa, petite ville de banlieue, passaient leurs vacances scolaires ensemble.
Aujourd'hui, ils étaient partis pour faire du sport au street workout du coin. Mais à la place, ils avaient trouvé des caddies de l'hypermarché de la ville. Ils les avaient pris pour faire des courses de caddies à travers la ville, et ils étaient finalement rentrés dans la maison de l'un d'entre eux avec chacun un kebab formule complète.
– Les garçons ! Prenez vos chocolats chauds ! Dit la mère de l'ami qui les hébergeait.
– Merci madame !
– Aaaaaaah on est bien là ! Dit toute à son aise l'un des garçons, une fois que la mère fut ressortie du salon, en s'affalant sur le canapé, le ventre en l'air.
– T'es vraiment culotté toi !
Comme réponse, l'ami à sa gauche produisit un deuxième rot, plus bruyant que le précédent.
– Wesh. Fit l'un d'eux, choqué.
– Vraiment des animaux dans cette maison. Commenta un autre.
– Bon, on se fait une partie de Super Stars Baaaaaaaaaaatle ?
– Arrête, on sait que tu te saignes à ça. Et je t'atomise avec Œil d'or.
– Il est trop lent, il peut rien contre des persos rapides comme Vifter.
– Ton super-héros ringard là.
– Vas-y allume la console et la télé.
Au moment où ils s'approchèrent du téléviseur, la porte s'ouvrit de nouveau.
– Salut papa.
– Bonjour monsieur.
– Oh, il y a du monde à la maison aujourd'hui !
Le père, grand, lunettes rectangulaires, cheveux longs attachés, les salua tous les uns après les autres, et mit une petite tape sur la tête de son fils avant de s'asseoir à son tour et de discuter un peu avec tout le monde.
– J'ai travaillé toute la matinée dans le potager, et là, repos devant la télé. Répondit-il avec un sourire, en s'emparant de la télécommande.
Ils se retrouvèrent tous avec l'herbe coupé sous le pied. Pas de Super Stars Battle pour aujourd'hui. Tant pis.
La télévision s'alluma. Le père zappa sur le programme télévisé présentant la montée de la tension entre plusieurs pays des Hémisphères Nord et Sud, un téléfilm de romance se déroulant à Clutée, et un documentaire sur les découvertes scientifiques réalisées sur Genèse, cette créature qui ne faisait qu'un avec une île.
Il trouva finalement le journal télévisé de Methmehedina, vaste royaume de l'Hémisphère Nord. Le journal expliquait que la Guilde d'Altreyu allait y mener une deuxième mission de recherche de grande ampleur après celles qu'ils avaient mené trois siècles auparavant.
– Ils ont tellement la classe. Fit l'un des amis, admiratif.
– Tu veux toujours les rejoindre pas vrai ? Demanda un autre.
– Oui ! Ça a toujours été mon rêve d'être explorateur !
– Tu vas canner en terre inconnue tu vas rien comprendre. Tonna encore un autre.
– De toute façon, vous partirez bien tous un jour ou l'autre.
C'était le père de leur ami qui avait parlé. Il était resté silencieux depuis le début, mais ça ne l'avait pas empêché d'écouter d'une oreille distraite ce que se disaient des jeunes, toujours en fumant sa pipe.
Oui. Ils avaient grandi ensemble depuis le lycée, voire le collège ou l'école primaire. Mais le temps des choix pour leur futur était arrivé. Gonessa était une ville qu'ils aimaient malgré le manque objectif de choses à y faire.
Certains se dirent que cela ne les empêcherait pas de vivre pour autant d'être séparés, mais d'autres soupesèrent sérieusement les conséquences que cela pourrait avoir de vivre sans pouvoir se voir tous ensemble aussi régulièrement.
Mais de toute façon, ils n'y pensèrent pas plus longtemps, et continuèrent à rire et profiter du bon temps. Des concepts comme « chercher un travail » ou « faire sa vie » leur paraissait tellement lointains. Pour l'heure, ils étaient plus préoccupés par les séries et jeux vidéos du moment, les filles, et de manière plus ou moins accessoire selon les personnes, leur examen de fin d'études.
Ce n'étaient encore que des lycéens, et ils n'avaient pas la maturité nécessaire pour le savoir. Mais ces moments simples et heureux où ils étaient entre amis étaient parmi ceux qu'ils allaient le plus chérir dans le futur, hors de Gonessa.