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Treize heures

J'irai squatter chez vous à l'archipel Panoela

7 min de lecture · 1 623 mots

Treize heures

Caméra sur l'épaule gauche... Caméra sur l'épaule droite... Caméra déportée... Sac à dos... Bandoulière... Chemise rouge... Petit passage de la main pour arranger les cheveux... Et le sourire, bien sûr !

– Bon je suis prêt.

Antonin de Maximus, célèbre reporter de Galliard, alluma ses caméras. L'aventure pour le nouvel épisode de son émission « J'irai squatter chez vous » pouvait commencer.

– Je vais vous dire un truc, je suis dans un endroit extraordinaire. Alors là il fait beau, il fait chaud, il y a beaucoup de lumière. On est en automne, et on a un temps pas mal pour aller à la plage ! Mais bon ! Moi, je vais faire comme d'habitude. Aller voir les gens, discuter avec eux, et évidemment essayer de squatter chez eux !


– Je rallume ma caméra car je me rends compte que j'ai totalement oublié de vous dire où j'étais ! Mais au lieu de vous le dire tout de suite, je vais plutôt vous montrer quelques images. Ça sera plus parlant !

Antonin alluma sa caméra déportée pour filmer des palmiers dont les feuilles étaient soulevées légèrement par le vent. La caméra descendit pour filmer la mer, et la plage. Une plage toute à fait normal, à un détail près : le sable était vert.

– C'est pas tous les jours qu'on voit du sable qui a la couleur du gazon... Mais regardez un peu plus loin !

Cette fois-ci, Antonin braqua sa caméra sur une île un peu plus loin.

– Alors là vous voyez une île. Une île toute jaune ! Et si je zoome un peu là-bas... Voilà ! On peut voir le début d'une île orange ! Les deux ont l'air très belles, ce sont deux îles de l'archipel Panoela. Mais c'est pas tout ! Au total, il y a sept îles qui sont toutes un peu spéciales, car elles ont chacune une couleur de l'arc-en-ciel. Et dans l'ordre il y a Pricca, Acijo, Naol, Owes, Eoli, Lokhi, et... je l'ai sur le bout de la langue... Ayok ! Je ne sais pas si on aura le temps de toutes les visiter, mais on va faire le maximum !


– Pour l'instant, je suis sur l'île d'Owes, l'île verte où il y a le plus d'habitants, mais aussi celle où les touristes des quatre coins du monde arrivent. Décrivit Antonin de Maximy, en filmant l'armée de bateaux en tous genres qui s'amarrèrent les uns après les autres pour déposer les visiteurs.

Comme il le disait, les profils des personnes qui venaient sur l'île étaient tous plus différents les uns que les autres. Comme l'archipel n'avait pas d'aéroport, la voie maritime était la seule voie d'accès, et les voyageurs qui venaient de loin étaient obligés de faire escale sur le « continent » pour prendre ensuite un bateau les menant à destination.

– Je ne me concentre pas trop sur les touristes d'habitude, mais il y a parfois des gens spéciaux !

En disant cela, sa caméra se concentra sur des petits êtres drapés de vêtements curieux faits à base de patchworks. Petits étaient un euphémisme : ils lui arrivaient aux genoux. Détail curieux : ils avaient tous un masque au visage avec des motifs semblant dépeigner des expressions.

– Bonjour ! Vous êtes des Winvee c'est bien ça ?

– Oui oui ! Dit une voix fluette portant un masque avec un visage de dur à cuire.

– Et qu'est-ce que vous venez faire ici ?

– Le trésor ! Le trésor ! Dit un autre avec un masque dépeignant un visage plus triste, contrastant avec son air enjoué.

– Ah bon, il y a un trésor ici !

– Toi devoir aller enquêter avec caméra sur trésor de Yorrek. Ancien pirate connu qui a laissé énigmes pour trouver trésor dans archipel. Beaucoup de monde le cherche, et nous déjà en retard ! Clama le dernier, avec un masque qui laissait penser qu'il était quelqu'un de calme, pondéré.

Et sans plus de cérémonies, ils partirent à quatre vitesse.

– Bon ! Pourquoi pas !

Antonin se fit la remarque mentale d'ajouter au montage une vignette expliquant que les Winvee étaient connus pour être des marchands itinérants très intéressés par tout ce qui a de la valeur. Sûrement que ce trésor de Yorrek devait valoir son pesant d'or si ils étaient partis comme ça...


– Bah là je suis en train de me balader sur la route principale. Je me suis éloigné de la capitale. Et y a plein de petites cahutes sur le côté. Et puis c'est assez joli. Je vais voir si je peux rencontrer quelqu'un.

Antonin s'approcha des habitations. Il vit alors des enfants jouer avec un ballon, et s'arrêter aussitôt dès qu'il rentra dans leur champs de vision. Oui... Il faisait souvent cet effet, quand il arrivait quelque part avec ses trois caméras, sa chemise rouge, et son air malicieux.

Mais chose plus rare, l'un des garçons présents s'avança de lui-même pour aller lui parler et lui serrer la main.

– Salut !

– Korrek !

– Ah Korrek !

Le petit bonhomme lui dit alors quelque chose en ce qui devait être la langue des habitants de Panoela. Malgré le fait que la Lingua Universalii s'était bien implémentée dans le monde, il restait encore des régions ou les langues locales dominaient.

Antonin de Maximus lui demanda si il parlait d'autres langues, mais ça n'eût que pour réaction de provoquer chez lui et ses amis un fou rire. Pas un fou rire de nervosité ou de moquerie, mais bien un fou rire de simple amusement juvénile.

– Bon, bye bye !

– Bye bye ! Lui répondirent à l'unisson les enfants en agitant leurs mains.

Le reporter continua sa route en filmant d'un peu plus près les habitations et leurs alentours. Barques posées au sol, bancs naturels faits à partir des troncs de palmiers, pinces à linges entre les maisons... Les îles avaient souvent cet aspect paradisiaque, mais Panoela arrivait à tirer son épingle du jeu.

- J'adore ces petits coins là !

Plus loin, Antonin de Maximus tomba sur un groupe de vieilles femmes. Celles-cil l'interpellèrent. Elles semblaient tenir un stand de vente.

– Ah du poisson !

Antonin tenta de demander le prix. Mais là encore, rien à faire ! Ils n'arrivaient pas à communiquer, si ce n'est par un rire franc et ensoleillé.

Mais heureusement pour lui, un homme de l'île arriva pour prendre du poisson. Il sembla plus âgé que les vendeuses, mais son regard s'illumina quand il vit Antonin.

– Korrek ! Le salua Antonin

– Bonjour. Lui répondit le vieil homme.

Antonin fut surpris... et fut encore plus surpris quand il vit ce curieux inconnu acheter cinq poissons d'une bonne taille !

– Tout ça pour vous ? Vous avez une fête ce soir ?

– On peut dire ça. Dit le vieil homme avec un sourire. J'ai des invité s demain, j'achète la nourriture pour la préparer.

– Vous serez combien de personnes ?

– Une dizaine, à peu près.

– Et vous pensez que je pourrais rester une nuit chez vous avant que vos invités n'arrivent ?

Ça y est ! Il l'avait fait ! Il avait demandé pour la première à quelqu'un qu'il venait à peine de rencontrer s'il pouvait squatter chez lui. Ces moments étaient toujours clé dans son émission.

– Oui !

– Sans rire ?

– Oui ! Montez sur mon scooter, on part bientôt !

Antonin s'installa sur ce qui ressemblait à un side-car fait artisanalement. Il aimait bien l'ambiance ! Le vieil homme monta, le moteur crachota, et ils partirent en saluant les vendeuses rencontrées il y a peu.

– Vous organisez quel genre de fête ? Demanda Antonin une fois seul avec lui.

– Et bien, ce n'est pas vraiment une fête. C'est une réunion avec des chercheurs.

– Des chercheurs ?

– Oui. Des chercheurs de la Guilde d'Altreyu.

La Guilde d'Altreyu. Contrairement aux Winvee, Antonin n'aura pas à rajouter des vignettes explicatives dans l'émission finale pour dire de quoi il s'agissait. La Guilde d'Altreyu était cet Etat-organisation connu dans le monde entier pour la concentration de talents qu'elle avait. Ce n'était pas forcément l'univers d'Antonin, lui qui était plus dans le reportage. Mais pour en avoir croisé quelques uns au cours de ses pérégrinations, il les aimait bien.

– Ah oui ! Et ils viennent pour vous voir !

– Ils sont là pour une mission... mais aussi un peu pour me voir oui. Répondit en riant le vieil homme.

– J'y pense ! J'ai embarqué dans votre scooter sans vous demander comment vous vous appeliez !

– Ah oui, c'est vrai. Je m'appelle Kekoa. Et vous ?

– Antonin de Maximus, enchanté Kek... attention sur la route !

Kekoa ravisa son attention un peu trop tard sur la route. Les infrastructures à Panoela étant ce qu'elles sont, les routes étaient parfois cabossés. Le scooter vola un petit temps en l'air. Mais ils n'eurent rien de cassé. Les deux hommes se regardèrent et rirent de bon cœur.


– Nous sommes arrivés ! Bienvenu chez moi !

Le vieil homme lui montra une petite maison avec une grande cour contenant une table large et de nombreux tabourets disposés ci et là.

– Attendez, mais il y aura vraiment beaucoup de monde ce soir !

– Oh ! Il y aura aussi sûrement des voisins qui vont se joindre à la fête.

– KEKOOOOOAAAAAAAAA.

Les deux hommes sursautèrent littéralement, et la maison sembla trembler un instant sous l'effet de cette puissante voix. La personne dont appartenait la voix était de forte carrure comme le laissait présager cet hurlement.

– Pourquoi es-tu arrivé si tard ! Je n'attendais que toi pour commencer la cuisine !

– Antonin, voici ma femme : Nalani.

– Enchanté madame !

– Oh non ! Déjà un invité et il n'y a encore rien qui est préparé !

– Je vais vous aider madame, ne vous inquiétez pas !

– Mais regardez l'heure ! Commença à s'affoler Nalani. Il est déjà bientôt quatorze heures et il n'y a encore rien qui est prêt !

– Laissez-moi faire ! Je m'appelle Antonin d'ailleurs !

Les présentations étant faites, quoique un poil abruptement, Antonin se mit à mettre la main à la pâte de bon cœur pour les préparatifs, bien qu'il ne savait pas du tout comment cuisiner ce « Dolong » dont Nalani commença à lui parler, sous le regard amusé de son propre mari.

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