8ème Abordage
L'Histoire comme prétexte
9 Avril, J-XYZ avant le retour à La Clutée
Aborder, c'était toujours aussi dur.
Je ne comptais pas le nombre de fois où je voyais une fille jolie, mignonne, belle, mais je me dégonflais pour raison X ou Y. Je me rendis compte à quel point mon cerveau était prolifique quand il s'agissait de trouver des excuses, mais à quel point mes 'corones' comme l'aurait dit Nacho étaient absentes les moments où elles devaient être mobilisées.
J'étais à ce jour à sept abordages. Mais j'estimais que si j'avais réussi à aborder chaque fille qui me plaisait bien depuis Maitê, j'aurais déjà dépassé la barre des trente facilement.
A l'université, on avait appris que le cerveau nous maintenait dans notre zone de confort pour garantir notre survie. Ce faisant, aborder une fille était interprété par mon cerveau comme une volonté de se mettre en danger.
En fait, à chaque fois, j'avais besoin d'un déclic, de quelque chose qui me poussait à me mettre en mouvement. Ce déclic, j'avais encore du mal à le provoquer. Il fallait que j'attende que les étoiles s'alignent parfaitement, et ça n'arrivait pas souvent.
Mais parfois, il y avait des occasions qui se présentaient, et qui favorisaient ce déclic. Perdu dans mes pensées en sortant du métro Place des Manguiers, je pris l'escalator machinalement. En face de moi au bout de l'escalator se trouvait une fille qui devait avoir mon âge. Je ne la vis que de dos. Mais elle avait une sorte de peluche accrochée à l'arrière de son sac. Une sorte d'animal. Cette peluche, c'était mon déclic.
Voyant une opportunité, je montai les marches en quatrième vitesse pour atteindre la surface. Elle était à quelques mètres seulement. Je n’eus qu'à faire quelques pas pour me placer juste à sa gauche, et lancer la conversation.
– Excuse-moi. J'ai vu ton sac à dos, et j'ai flashé sur la peluche que tu avais sur ton sac.
– Merci.
– C'est quel animal ?
– Un Manjabi. C'est un primate endémique d'ici.
Le primate en question était de couleur grise et rousse, avec une queue préhensile. La peluche était pensée et conçue pour être mignonne. Mais à voir si le vrai spécimen l'était tout autant à l'état sauvage.
– Ok, je ne connaissais pas du tout... Tu es étudiante en zoologie ou quelque chose du genre par hasard ?
– Du tout. Je suis en fac d'Histoire.
– Ah vraiment ? Je suis en master sciences sociales à la Clutée, je fais de l’Histoire aussi.
– D'accord. Tu étudies aussi ici ?
– Pas vraiment, je fais un stage en réalité.
– D'accord. Je dois y aller, j'ai un cours à donner justement. dit-elle en jetant un regard à sa montre. Mais enchanté.
– Attend ! Tu t'appelles comment ?
– Dorea. Fit-elle avec un sourire, mais un sourire légèrement forcé.
– Ylan enchanté. On peut se revoir quand tu auras plus de temps si ça te dit.
– Ok, pourquoi pas.
– Je mettrai Dorea Manjabi en nom de contact, en hommage à ta peluche.
– Ha ha ok.
Après avoir saisi le numéro, on se dit au revoir.
J'étais content d'avoir trouvé le courage d'y aller. Et en prime, j'étais content d'avoir trouvé quelqu'un avec un beau centre d'intérêt. J'étais optimiste pour cette rencontre !
Ylan
Madame Manjabi.
Ylan.
Mon directeur de stage m'a recommandé deux livres sur l'histoire d'Açaí. Grande et petites histoires d'Açaí et Les entrailles du géant vert. Tu connais ?
Dorea
Hey.
Dorea
Le premier oui, mais le deuxième non.
Ylan
Mon directeur de stage m'a dit que c'était un classique.
Ylan
Si tu connais d'autres titres, je suis preneur.
Et puis, plus rien.
Sans trop savoir pourquoi, la discussion s'était arrêtée sur cette requête.
J'essayais de trouver une raison pourquoi elle n'avait pas donné suite. Mais après avoir retourné le problème dans tous les sens, la réponse était très simple : elle n'avait pas envie de parler, ou du moins, elle l'avait perdu au cours de la discussion.
Tant pis. La quête continuait.
Leçons du jour
– Avoir un numéro n'est pas une victoire en soi
– Trouver un moyen d'être plus impactant par message, et aussi dès la rencontre.