6ème Abordage
La profanation du carré d'herbe
, J-XYZ avant le retour à La Clutée
Même si l'abordage précédent n'avait pas donné lieu à un échange de numéro, j'étais quand même content de ce cinquième abordage à Jaratiba, et donc du troisième au parc Eliga. Je commençais peu à peu à prendre mes marques.
Ceci étant dit, aborder était encore loin d'être une habitude. Ça demandait toujours un certain effort mental pour sortir de ma zone de confort. Je faisais donc à peu près un abordage toutes les semaines.
Et comme ça restait quelque chose de rare et de nouveau pour moi, je portais encore en haute estime ce petit carré d'herbe, lieu de mon premier abordage où j'avais rencontré Maitê. Bien sûr, je ne comptais pas la revoir. De même je ne voulais pas revoir les filles que j'avais abordés après elle. Ça aurait été gênant de les recroiser dans le parc ou aux alentours alors que je n'avais pas reçu de vraie marque d'intérêt de leur part. Dans un autre registre, j'évitais soigneusement depuis quelques jours de passer devant un certain salon de beauté pour femmes.
Ainsi, à chaque fois que je passais devant le parc, je faisais bien attention à ce qu'aucune des filles que j'avais croisé précédemment ne soit présente. Si les revoir était gênant, ça serait encore plus embarrassant de les voir me surprendre en train d'aborder une autre fille.
Mais à propos des prochaines filles justement, je venais tout juste de remarquer une fille qui me plaisait bien au parc Eliga.
La fille avait des lunettes rondes et deux nattes. Je n'étais pas sûr comme j'étais encore un peu loin, mais je pensais qu'elle devait avoir des tâches de rousseur. Et avec son sac en bandoulière, elle devait être une étudiante comme moi.
Mais le détail qui me frappa en premier, ce fut le lieu où elle se trouvait. À quelques touffes d'herbes près, elle se trouvait pile à l'endroit de mon tout premier abordage. Je vis ça comme un signe encourageant pour tenter d'ouvrir une discussion avec elle.
Tandis que je traversais le parc Eliga en montant l'escalier et en me rapprochant, elle était en train de ranger ses affaires, sûrement pour redescendre. J'avais donc une fenêtre de tir étroite pour aller lui parler.
Au moment où je fus arrivé près d'elle, elle était en train de ranger ses dernières affaires. Prenant mon courage à deux mains, je pris la parole.
– Salut ! Je...
Je n'avais pas fini ma phrase, la fille m'avait déjà regardé avec des grands yeux ronds qui laissaient paraître sans filtres sa méfiance. Elle avait fini de ranger ses affaires, et était partie en vitesse grand V, me laissant planté là.
Je restais debout, pétrifié. Avant ce sixième abordage, il y avait eu deux autres râteaux. Mais celui-ci était de loin le plus violent que j'avais subi. Elle ne m'avait pas accordé la chance de dire quoique ce soit. Comme le premier râteau, je sentis les regards des passants se poser sur moi. Mais je ressentis ces regards beaucoup plus pesants que la dernière fois.
Penaud, je grimpai l'escalier pour quitter le parc Eliga, et rentrer au plus vite à la maison.
Leçon du jour :
– Il faut apprendre à savoir encaisser les râteaux secs.