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Spoilers du wiki

24ème Abordage

Attention voleur !

4 min de lecture · 809 mots

Jour du Printemps, J-XXX avant le retour à La Clutée

L'accident de la veille me ''gela'' sur les abordages. Sur la journée, mon chemin avait croisé celui d'autres filles aux looks variés. Chacune avait un quelque chose de spécial, quelque chose à même de lancer une discussion.

Mais il n'y avait rien à faire. J'avais perdu le courage d'aborder.

Et puis, je la vis elle.

De l'autre côté de l'une des quatre rues adjacentes de la Place des Manguiers était installé une galerie commerciale où j'avais pris l'habitude de faire mes courses de tous les jours. Il était sans commune mesure avec le Miramar Mall, le centre commercial phare de Jaratiba, qui était beaucoup plus grand. Mais en plus d'un hypermarché, on trouvait dans cette galerie une salle de sport, une boutique de souvenirs, un magasin de cosmétiques, de vêtements... Il y avait même un petit restaurant d'Ezquawamu ! De tous les pays de l'Hémisphère Nord, je ne m'attendais pas à voir ici Ezquawamu. Leur cuisine était délicieuse, les restaurants pullulaient à Clutée... Mais les voir ici à l'autre bout du monde était une bonne surprise.

Revenons sur l'hypermarché.

En cette fin d'après-midi, j'étais parti dans le seul but d'acheter des fruits à coque. Mais la petite commande qui devait ne durer que cinq minutes dura un peu plus longtemps, beaucoup plus longtemps. Il n'y avait qu'une seule caisse d'ouverte.

Constatant que la file avançait au ralenti, mon regard se balada un peu... et tomba sur une fille jaratibienne en train de déambuler dans les rayons. Teint doré au soleil dont des lignes plus claires laissées par le maillot étaient volontairement visibles, cheveux blonds avec des mèches brunes ondulées, yeux vert clair, nez concave, lèvres fines, débardeur blanc assorti avec les sneakers de la même couleur, et short rose bonbon. Inutile de dire que je n'étais pas le seul à la reluquer, malgré toute la bonne volonté du monde pour voir ailleurs.

Heureusement, la file avançait. Je pus me concentrer sur autre chose que la fille.

Arrivé à la caisse, je repartis avec mes fruits à coque dans le sac une fois qu'ils furent payés. J'étais à deux doigts de sortir pour de bon de l'hypermarché... Mais je m'arrêtai au milieu de ma marche. Est-ce que je pouvais vraiment me permettre de rater cette occasion ?

L'accident de l'autre jour me revint subitement en mémoire. La blonde aux yeux verts qui attirait tous les regards avait l'air jeune également... Mais elle n'avait pas ce côté innocent qu'avait cette autre file. Et d'ailleurs, elle était elle-même toute proche de la caisse. Visiblement, quelques hommes l'avaient laissé passer. Elle ne les avait pas remerciés. Hmmm...

Elle continua sa route. C'était le moment !

– Salut, tu...

Ma phrase se perdit dans le vide. La fille fit une sorte de pirouette pour me contourner, une pirouette aussi habile que gracieuse, presque de la danse artistique. Puis, elle continua sa route avec ses deux sacs de courses dans les mains, l'air de rien.

Malgré les regards des autres passants qui avaient tous vu ce qui venait de se passer, je gardais mon calme, et me dirigeai vers une autre sortie. Mais en me retournant, je tombai nez-à-nez avec un homme au visage buriné, aux cheveux rasés de près, et portant un uniforme bleu avec des épaulettes de chaque côté.

– Monsieur, je peux vous voir vos papiers ?

C'était le policier municipal posté dans la galerie. Je l'avais vu quelques fois. Au lieu de surveiller les entrées et venues, je l'avais toujours vu en train de faire autre chose. Mais il fallait croire qu'aujourd'hui, j'étais tombé sur le mauvais jour.

Heureusement, j'avais mes papiers sur moi. Enfin, plutôt, j'avais mon passeport. Un document d’identification était obligatoire pour entrer au sein de l'IEPA. Je le sortis de mon sac. L’officier l'arracha presque de mes mains. Il fronça les sourcils, la mâchoire crispée. Puis, ses yeux s'écarquillèrent.

– Oh !

– Il y a un problème ? demandai-je, circonspect.

– Clutée ! Imilie à Clutée ! Plus Rose la Vie !

– Aaaah ! Ha ha ha.

Le niveau de stress redescendit immédiatement. Sur ce coup, le soft-power de Clutée m'avait sauvé : ce policier devait être un amateur des séries à l'eau de rose. Il venait de me citer les deux plus connues. Clutée avait une industrie audiovisuelle célèbre dans le domaine, et qui jouissait d'un rayonnement mondial. Des touristes venaient dans le seul but de visiter les décors dans lesquels évoluaient leurs personnages préférés.

– Tenez votre passeport. Et attention avec les Jaratibiennes ! fil-il en riant.

– Oui haha ! Merci !

Sur le chemin de la sortie, d'autres passants me dévisageaient. Mais le soulagement de ne pas m'être fait coffrer, voire renvoyer illico presto à la maison, l'emporta sur le sentiment de honte découlant du regard des autres.


Leçons du jour :

– Attendre patiemment à la sortie du centre commercial n'était pas une bonne idée.

– L'image romantique de Clutée peut sauver de la police !

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