Aller au contenu

Réglages de lecture

Thème

Taille du texte

3 / 5

Spoilers du wiki

Chapitre 8

Dispersion

14 min de lecture · 3 309 mots

Les Telifan se réveillèrent aussi tôt qu'hier, dès que l'aube commença à se lever. La seule chose qui était différente, c'était qu'il y avait maintenant deux membres de la Tribu en moins. Si certains arboraient une mine sombre depuis la veille au soir, d'autres apprirent la nouvelle qu'en début de journée. Shi et Itty avaient été retrouvés morts la nuit dernière, et le principal suspect était Toklos. La nouvelle fut vite relayée, déformée, et apprise de tous, de telle sorte que la Tribu se divisa vite entre ceux qui le défendaient et ceux qui voyaient comme un meurtrier.

Toklos avait passé la nuit dehors, enchaîné à un pillier. Il était encore en vie, mais il devait être affaibli. Toklos s'était néanmoins levé tôt, et il se tenait droit. Rien ne sembler faire plier cette force de la nature, que le temps n'avait pas réussi à arrêter. Il arborait la même mine sombre qu'hier soir. Son visage s'illumina brièvement quand il vit arriver sept silhouettes vers sa direction. Il savait à qui appartenaient ces silhouettes, et il les laissa parvenir jusqu'à lui. Même si il ne pouvait pas faire grand chose en l'état pour les en empêcher, il avait toujours cette aura inquiétante qu'il laissait dégager pour intimider ceux qui se trouvaient près de lui.

– Vous tenez le coup ?

Le jeune homme qui venait de lui parler s’appelait Duhei si il ne se trompait pas. C'était un jeune Telifan, semblable à tous les autres, mais qui avait beaucoup de cran. Il lui avait tenu tête hier, alors que peu de personnes dans la Tribu auraient osé faire la même chose.

– Ne t'inquiète pas pour moi petit. Répliqua t-il. Ce n'est pas ça qui va me tuer.

– Il n'empêche, vous auriez pu être mieux logé.

Il rigola intérieurement.. Le petit qui lui avait dit ça, qui semblait proche de Duhei, n'avait visiblement pas entendu des traitements utilisés contre ceux suspectés de meurtre dans le temps... C'était une chance que Toklos soit encore en vie avec tous ses membres, ça n'aurait pas été le cas avant.

– Ça aurait pu être pire. Répondit-il, laconiquement.

– MESSAGE A TOUS LES TELIFAN. LE CHEF VOUS VEUT AU CENTRE DU RELAIS POUR LE RASSEMBLEMENT MATINAL !

Ce cri venait de loin, mais le petit groupe l'entendit parfaitement. Schreit, l'homme qui servait de porte-parole au Chef, avait vraiment une voix qui portait loin et qui était puissante.

– Allez-y, vous allez avoir des problèmes si vous restez ici.

– D'accord, mais on reviendra. Promit Duhei.

Et ils s'en allèrent pour entendre le discours du Chef avant de partir affronter leur troisième journée dans les Monts. Ils furent les derniers à rejoindre la foule de Telifan qui attendait le discours du Chef, avec Kazak. Ils ne l'avaient pas vu depuis hier matin, où il avait répondu au Chef. Celui-ci commença d'ailleurs à parler.

– Vous devez tous le savoir maintenant ; Shi et Itty sont morts. Ils ont été retrouvés près du chemin que nous allons emprunter aujourd'hui pour rejoindre le troisième relais.

Alors qu'il énonçait cette nouvelle, qui n'en était plus une, quatre Telifan arrivèrent deux par deux en portant deux gros sacs, et en les posant près du Chef, au centre de la foule. Ces deux gros sacs avaient une forme particulière, une forme qui s'apparentait à celle d'un corps humain. La foule devina les cadavres de Shi et Itty, leur arrivée provoqua plusieurs réactions, qui n'étaient pas les mêmes d'un Telifan à l'autre.

– Nous ne savons pas si ils sont morts accidentellement, ou si ils ont été tués par quelqu'un dans la Tribu. Quoiqu'il en soit...

Un Telifan se détacha de la foule pour lui remettre un outil pour creuser.

– En tant que membres de la Tribu des Telifan, nous devons honorer leur mort dignement.

– Vraiment ?

Il n'y avait qu'un seul homme pour oser répondre au Chef de la sorte.

– As-tu quelque chose contre le fait d'enterrer leurs corps, Kazak ?

– Un peu oui. Répliqua t-il avec un ton provocateur. Devons-nous réellement consacrer du temps à ses hommes à leur faire une tombe alors qu'une bonne partie d'entre nous sait ce qu'il a fait au petit Vif ?

Le « petit Vif » était là, au milieu de la foule. Silam baissa sa tête quand Kazak fit allusion à lui, honteusement. Son secret était connu de plusieurs Telifan maintenant. Ceux qui avaient entendu l'horrible vérité hier soir comprirent à quoi il faisait allusion, mais les autres demandèrent autour d'eux de qui il parlait. Kazak avait réussi son coup, il avait instillé le doute dans le cœur des Telifan.

– Qu'importe ce qu'ont fait Shi et Itty, ils restent des Telifan, des hommes de la même Tribu que nous. Qui plus est, ils nous ont permis de garder une attache sur les Monts en gardant les relais. Ils ont donc rendu un service à la Tribu entière en passant leur vie dans les Monts.

– … Et ça leur donne une excuse pour en ruiner une autre ?

– Petit, tu sais de quoi il parle ? Demanda un Solide à Koh.

– Euh...

Koh ne savait pas quoi répondre. Un peu partout dans la foule, le volume monta d'un ton. Les quelques discussions qui avaient commencé alors se muèrent en un vrai brouhaha. Après avoir semé le doute parmi les Telifan, Kazak venait d'y installer le désordre.

– Ecoutez-moi.

Deux mots. Deux mots dits simplement, sans émotion particulière, sans hausser la voix, suffirent à Barteom pour obtenir le silence. Même Kazak avait arrêté de parler, celui-ci arborait juste un léger sourire. Si Kazak était le seul Telifan à manifester son mécontentement envers le Chef et ses actions, celui-ci connaissait mieux sa Tribu que Kazak, il savait comment lui parler.

– Nous sommes une communauté où chacun a un rôle capital à jouer pour soi et envers les autres. Si l'un de nous perd la vie, c'est toute la Tribu qui en subit le contrecoup, car elle perd un élément qui la fait fonctionner. Il est donc de notre devoir de respecter le rôle de chacun, aussi bien lorsqu'ils sont en vie, que lorsqu'ils sont morts. Et mon devoir en tant que Chef est d'honorer la mort de tous ceux qui nous quitterons durant cette expédition, Shi et Itty compris.

Et il prit sa pelle, et la planta une première fois dans le sol. Au même moment, Silam s'éclipsa en silence de la foule. Au même moment, tous les Telifan regardaient le Chef s'exécuter au travail qu'il s'était confié. Au même moment, la Tribu était unie dans l'action, mais elle était divisée de l'intérieur.


– Et comment sera traité Toklos ?

Onid avait raison. La Tribu venait de quitter le deuxième relais pour reprendre la route afin d'arriver au prochain relais, et le Chef n'avait pas évoqué une seule fois le cas de Toklos. Le petit groupe ne pouvait même pas affirmer s'il était bien en train de marcher avec eux ou non.

– Va savoir... répondit Lein. Peut-être qu'ils l'ont laissé derrière. Ça vaudrait peut-être même mieux qu'il reste au deuxième relais avec quelqu'un d'ailleurs, il avait l'air beaucoup trop affaibli pour pouvoir continuer l'expédition.

Même s'ils ne connaissaient pas le vieil homme en personne, ils ne pouvaient s'empêcher de ressentir de l'empathie pour lui après avoir vu le lien qui le liait à Silam et le contre-coup qu'il avait subi en étant accusé du meurtre des bourreaux de son protégé.

– Il n'a pas dû être affecté par la nuit qu'il a passé dehors... ou du moins pas autant qu'on le pense. Rectifia Duhei en voyant les regard interrogateurs qu'on lui lançait. Toklos est peut-être vieux, continua t-il, mais il est un de ces hommes qui avancera même s'il n'avait plus de jambes pour le faire.

– Tu n'as pas tort, c'est tout de même lui, l'homme qui a fait le plus de victimes parmi les Irkutan. Ajouta Onid

– Les Irkuqoi ?

La question que venait de poser Duhei provoqua des moues de surprise parmi le petit groupe. Lussy n'était pas là, elle avait été rappelée devant, mais Koh, Lein et Onid restèrent sans voix. Même Obladi et Oblada se tortillèrent la tête nerveusement. Seul Altreyu n'avait pas réagi à ce qu'avait demandé son frère, celui-ci non plus ne semblait pas avoir compris de quoi Onid parlait.

– Les Irkutan ! S'exclama Onid. Vous n'en avez jamais entendu parler ?

– Euh, non. Répondit Altreyu, un peu perdu.

– Et bien, lâcha Onid qui était bluffé. C'est... surprenant. On ne vous a jamais parlé de la Guerre Tribale ?

– Non, répondit Duhei. Enfin, notre mère nous racontait quand on était enfants qu'il y a eu un affrontement avec des personnes qui ne faisaient pas partis de la Tribu, mais c'était tout.

– C'est vrai, continua Altreyu. Notre mère n'a jamais vraiment insisté sur cette histoire... Tout le monde dans la Tribu la connaît ?

– Tout le monde est censée la connaître oui. La Guerre Tribale est bien une histoire de la Tribu qu'on raconte aux enfants, mais c'est bizarre que vous ne la connaissiez pas en détails, ajouta Lein.

– Bon, on a plus le choix Altreyu. Il va falloir faire ce qu'on avait dit.

– Oui, je pensais aussi que le moment était venu.

– De quoi vous parlez tous les deux ? Demanda Koh.

Alors qu'ils étaient tous en train de marcher, Duhei et Altreyu se détachèrent du petit groupe pour se placer face à eux, ce qui fit qu'ils s'arrêtèrent pour les écouter.

– Et bien voilà, moi et Altreyu, on a vécu toute notre vie loin du Grand Feu et donc de la Tribu. Commença Duhei.

– Résultat, on connaît quasiment personne, et on ignore beaucoup de choses sur la Tribu alors que nous sommes aussi des Telifan. Continua Altreyu.

– Donc tous les deux, on pensait partir chacun de notre côté vers les autres membres de la Tribu pour apprendre à la connaître et à les connaître, compléta Duhei.

– Et le fait que l'on soit deux nous permettra d'avoir deux points de vue sur la Tribu et sur les hommes partis en expédition.

Duhei et Altreyu avaient fini de parler, ils attendaient les réactions de leurs compagnons.

– C'est une bonne idée, commenta Lein, et c'est courageux de vouloir vous séparer comme ça alors que vous êtes tout le temps ensemble.

– Hé, on va quand même survivre si on est loin l'un de l'autre, grimaça Duhei.

– Vous voulez vraiment partir seuls de votre côté ? Demanda Koh, avec un petit air triste.

– C'est seulement pour la journée, le soir on se verra tous ensemble. Rassura Altreyu.

– Votre idée a du sens, encouragea Onid.

Même Obladi et Oblada, qui ne pouvaient pas parler, sembler signifier leur accord en bougeant leur tête de bas en haut.

– Bon, et bien c'est décidé alors ! On y va maintenant. Tu viens Altreyu ?

– Oui !

Duhei et Altreyu saluèrent Koh, les Lamwos, Lein, et Onid. En lui disant au revoir, Duhei se souvint la veille qu'il avait posé une question sur sa coiffe, mais qu'il n'avait pas eu l'occasion de lui répondre. Il se promit de lui reposer la question, tout comme lui et Altreyu firent la promesse de tous les retrouver autour d'un bon feu avec Lussy lorsqu'ils seraient arrivés au troisième relais. Ainsi, ils se séparèrent du groupe en s'en éloignant un peu. Dès qu'ils furent assez loin, Duhei et Altreyu se firent face.

– Bon, Altreyu...

– Allons-y, Duhei.

Les deux frères se tapèrent les mains comme ils avaient l'habitude de le faire avant de se séparer, ce qui se passait rarement à l'Enclave, et ils partirent chacun de leur côté. Duhei partit à gauche, et Altreyu à droite.


Altreyu marchait seul depuis quelques temps déjà. Il n'avait trouvé encore personne avec qui il pourrait entamer une conversation. Enfin, c'est plutôt qu'il n'avait pas encore eu le courage d'aller voir quelqu'un pour lui parler. Il faut dire qu'habiter loin du Grand Feu où se trouvaient les Telifan et vivre seulement avec son frère et sa mère ne le disposaient pas à être quelqu'un de très sociable. Mais ce n'était une excuse pour expliquer sa timidité, et il suffisait de voir Duhei pour se rendre compte que même en ayant grandi loin de tous, on pouvait être ouvert aux autres.

Duhei... Il représentait tant pour Altreyu. Si ils étaient nés à la même saison, et ne savaient pas exactement qui était né en premier, tout le monde voyait Duhei comme le grand frère d'Altreyu, Altreyu le premier. Son grand frère était un jeune homme doué qui réussissait toujours ce qu'il entreprenait, et qui avait de nombreuses qualités. Il était courageux, combatif, débrouillard... son frère était un vrai modèle pour lui. Altreyu l'admirait, il voulait lui ressembler.

Mais Altreyu s'était vide rendu compte quand il était petit qu'il était difficile de ressembler à son frère. Duhei et lui étaient beaucoup trop différents pour qu'il puisse être comme lui, et Altreyu en vint même à le jalouser et à le détester. Mais Anoa lui avait montré qu'il n'avait en rien le devoir d'être comme son grand frère, et qu'il avait des capacités que Duhei n'avait pas. Il avait un esprit plus analytique que celui de son frère et, surtout, il avait une détermination à toute épreuve. Car si Duhei était naturellement habile dans plusieurs domaines, Altreyu travaillait dur pour s'améliorer sans cesse alors qu'il n'avait pas vraiment de prédispositions innées pour quelque chose. Il avait une volonté et une ténacité à toute épreuve qui forçaient le respect.

Et c'est justement l'une des raisons qui l'a poussé à partir en expédition dans les Monts Palkalluesham pour trouver l'Au-Delà : aller au-delà de ses limites. Altreyu voulait changer, se surpasser pour devenir quelqu'un de meilleur. Au début, il voulait s'améliorer pour être sur un pied d'égalité avec son frère et les autres Telifan. Mais en grandissant, il s'était rendu compte que penser comme ça serait comme si il avait un réel complexe d'infériorité envers les autres. Il voulait donc être un homme meilleur non pas pour être au niveau des autres, mais pour lui-même.

Altreyu se sentit motivé en se remémorant pourquoi il était venu avec son frère. S'il était venu ici, c'était pour agir afin de devenir meilleur. Il devait devenir meilleur, ici et maintenant ! Il devait vaincre sa timidité s'il voulait devenir s'améliorer. Il se donna donc pour mission d'aborder la première personne sur qui son regard porterait.

Juste avant qu'il se fixe cet objectif, son regard avait bien croisé celui d'un homme. Celui-ci contrastait énormément avec le reste. Il s'agissait d'un Telifan avec une grande lance, une barbe fournie, et un accoutrement très léger. Il ne portait qu'un seul bagne pour habit. Altreyu se dit qu'il serait intéressant de parler avec lui. Mais à l'instant où il eût cette pensée, l'homme lui lança un regard. Son regard n'avait pas eu une once d'hostilité, mais Altreyu fut proprement intimidé par celui-ci. Quelque chose de fort se dégageait de cet homme.

Après cette rencontre ratée, et après avoir fait sa promesse avec soi-même, un autre homme traversa vite le champ de vision d'Altreyu. Il s'agissait sûrement d'un Solide vu sa carrure. Il portait plusieurs sacs qui devaient faire le poids d'Altreyu, une hachette qui pendait à sa ceinture, et il avait quelques cicatrices ci et là sur son corps.

Altreyu commença à faire quelques pas vers sa direction, mais il s'arrêta net en milieu de chemin. Il hésitait, le Solide qui se trouvait à quelques pas de lui l'impressionnait. Que ferait-il s'il l'ignorerait ? Voire pire, s'il se ferait rejeter de façon plus ou moins violente ? Altreyu avait peur de passer à l'acte, mais il avait conscience qu'il ne pouvait pas s'arrêter juste pour ça et qu'il devait prendre sa vie en main ici et maintenant. Il inspira un bon coup, se tapa le torse pour se donner du courage, et partit à la rencontre de l'homme.

– Bonjour ! S'exclama Altreyu.

– Bonjour, répondit l'homme, avec une voix caverneuse.

Il avait daigné lui répondre, ce qui était déjà une victoire pour Altreyu. L'homme aurait très bien pu l'ignorer et continuer sa route sans le saluer, mais ce ne fut pas le cas. Altreyu devait maintenant entretenir la conversation.

– Belle journée hein ?

– On peut dire ça oui...

Altreyu aurait pu trouver une autre question plus pertinente, mais c'était la première qui lui avait traversé l'esprit. Il enchaîna avec une autre pour apprendre à mieux le connaître.

– Vous êtes un Solide n'est-ce pas ?

– Oui.

Son interlocuteur n'était pas très loquace, mais Altreyu ne se découragera pas pour autant. Il lui posa une autre question.

– Et vous transportez quoi dans tous ces sacs ?

– Pourquoi tu me poses toutes ces questions petit ? Rétorqua l'homme.

Il s'était arrêté, et faisait maintenant face à Altreyu. Il avait une main posé sur sa hachette, prêt à se défendre. Altreyu se raidit d'un seul coup. Son instinct de survie lui criait de le rassurer sur ses intentions s'il ne voulait pas que l'expédition se termine pour lui ici et maintenant, et vite.

– J-Je, euh... enfin, je voulais juste parler avec vous !

– Ah oui ? Et pourquoi moi et pas un autre ? Demanda l'homme qui n'avait toujours pas baissé sa garde

– J'ai besoin de combattre ma timidité, et vous étiez la première personne que j'ai croisé donc... avoua t-il

– Tu te foutrais pas de moi par hasard ?

– Non ! Je vous le jure !

Il s'écoula un bref instant qui parut une éternité pour Altreyu. Il essaya de faire transparaître la vérité dans ce qu'il disait en plongeant ses yeux dans les siens. Leur mère leur disait tout le temps que les hommes communiquaient plus par les yeux que par la bouche, et que les yeux disaient aussi plus souvent la vérité que ce qui pouvait sortir d'une bouche.

– C'est bon, c'est bon... répondit l'homme en éloignant sa main de son arme. Si tu mentais t'aurais déjà détalé comme un Pequmi... donc je vais te croire.

C'est bon, il avait réussi à détendre l'homme, et à se détendre lui-même par la même occasion. Il poussa un long soupir de soulagement, il avait bien cru y passer. Sur le moment, il avait eu la peur de sa vie, et Duhei aurait sûrement bien rigolé en voyant la scène. Mais d'un autre côté, il avait fait preuve d'un certain courage en affrontant le regard du Solide et en ne fuyant pas la situation. Altreyu pouvait être fier de lui, mais il était encore légèrement sous le choc.

– Je... Merci. Je m'appelle Altreyu.

– Et moi Yalimeru.

Ce premier contact spontané avec un Telifan était plus qu'étrange, et Altreyu avait bien failli y laisser sa peau, mais il fut quand même content d'avoir réussi à franchir le premier pas, et il le fut encore plus quand il vit que Yalimeru avait avancé sa main. Altreyu s'apprêta à la lui serrer, mais un Vif arriva soudainement de nul part en courant. Il était totalement essoufflé, et semblait à deux doigts de défaillir totalement. Il trouva quand la même de la force de hurler :

– Attention ! Des Naderix arr... AAAARGH.

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Un Naderix se jeta sur lui et lui déchiqueta l'épaule gauche. Son cri de douleur fit frémir Altreyu et Yalimeru, mais ils ne furent pas paralysés par la peur pour autant.

– Merde ! Altreyu, vite ! Lui hurla le Solide en sortant la hachette qu'il avait à sa ceinture.

– Oui !

Altreyu avait sorti son biface de combat sans perdre de temps et sans paniquer alors qu'il avait en face de lui un Vif, qui aurait très bien pu être lui, se faire attaquer par un Naderix sauvage. Il devrait être traumatisé et être perdu dans ce genre de situation, mais il était à la place en train de courir, biface à la main, affronter un Naderix. C'était comme si l'adrénaline et la volonté de survivre avaient repoussé sa peur au plus profond de lui. Si ce changement interne dans le for intérieur d'Altreyu était une première manifestation de sa transformation, cette charge conjointe avec Yalimeru qu'il venait juste de rencontrer marqua le début de cette rixe sanglante pour la survie des Telifan, et la sauvegarde de l'expédition.

Retour au sommaire