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18ème Abordage

En toute banalité

2 min de lecture · 437 mots

34ème Jour du Printemps, J-107 avant le retour à La Clutée

Cet après-midi, j'avais pu sortir tôt de l'IEPA. J'avais terminé avant les temps demandés mon travail. Un travail passionnant sur Sumaúna, cette grande région gigantesque dont le nom avait été donné par la grande forêt tropicale du même nom. Même si elle est mal connectée aux autres grandes régions, 90% des Açaiens auraient un pourcentage de leur génotype provenant de Sumaúna. L'influence de la grande région est aussi visible à travers des pans entiers de la culture, du tissu économique, ou encore du système juridique en vigueur dans le pays. Vraiment fascinant.

Ceci dit, le travail était derrière moi. Et je n'étais pas le seul de Cœur-Ville sur le chemin du métro du retour. Il y avait du monde, et quelques jeunes de mon âge, voire probablement quelques personnes provenant de l'étranger comme moi.

Ce fut la réflexion que je me fis en voyant une blonde aux yeux bleus à la peau rougie en chemise bleue et avec un pantalon gris. Elle me rappela furieusement cette fille d'Ölondor, Lenedikt. Mais là au moins, j'étais à la hauteur.

La fille s'arrêta en face d'un magasin exposant des vinyles, cassettes et DVD. Açaí était connu pour sa production musicale importante aux styles variés, il y avait plusieurs enseignes de ce type.

En tout cas, cette étrangère – car ça devait en être une – était stationnée sur place. M'assurant qu'il n'y avaient pas de collègues ou de connaissances autour de moi, je m'approchai d'elle sur la pointe des pieds avec un léger trac. Je pris mon temps pour sembler le plus calme possible.

– Bonjour.

– Bonjour. répondit aussitôt la fille. Vous êtes le vendeur de ce magasin ?

– Non, mais...

– Ah, je ne suis pas intéressé alors. Merci.

La fille s'était retournée vers les pièces musicales. Abasourdi, je n'avais d'autre choix que de battre en retraite, et de me terrer le plus rapidement possible dans la bouche de métro. Je m'étais pris une belle gifle.

Ce râteau faisait mal... mais finalement, c'était un râteau banal. Pas de numéro donné par pure politesse, pas de recale brutal sec et cuisant, pas de stratagème pour éviter de me parler comme la veille. Juste un refus. Simple, claire, et direct.

J'avais toujours mal mentalement et émotionnellement. Mais au bout du compte, je devenais familier de ces râteaux. Ça me faisait un peu du chagrin de penser ça, mais en voyant ça positivement, ça désacralisait les refus, et donc, les abordages. Donc il y a du bon dans la banalité.


Leçon du jour :

– Se faire à la banalité des râteaux devrait mécaniquement m'aider à être meilleur

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