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14ème Abordage

Est-ce que la vie est un escalator ?

3 min de lecture · 638 mots

10ème jour du Printemps, J-132 avant le retour à Clutée

En visite à de Jaratiba, je poursuivis ma mission de partir à la découverte des lieux emblématiques de la Cité des Merveilles. Et même si ce n'était pas le lieu où je comptais passer le plus de temps, le Miramar Mall faisait partie de la liste.

De ce que m'avait dit mes collègues du stage, les Jaratibiens adoraient les centres commerciaux. Ils étaient grands, climatisés, organisaient régulièrement des événements de tout genre, proposaient une large gamme de produits et services pour chaque type de client, et les meilleures disposaient de terrasses et de vitrines avec de belles vues sur la ville.

Le Miramar Mall cochait toutes ses cases. Il était parmi les trois meilleurs centres commerciaux de la ville. Les autres étaient en périphérie, là où il y avait plus d'espace et où le prix du foncier était moins cher. Ça faisait du Miramar Mall le meilleur dans son domaine dans le centre. Et pour moi qui cherchais une chemise pour le travail, c'était également le lieu parfait.

En marchant un peu à l'intérieur, passa devant moi une fille aux cheveux bicolores rose et bleu électrique. Au vu des tatouages qu'elle avait, des habits un peu lolita qu'elle portait, et du maquillage et du vernis excentriques, et des écouteurs je me dis que ça devait être une fille un peu artiste et marginale. Elle ne devait pas faire de la finance, du droit, ou quelque chose de rigide dans le genre.

En tout cas, son style donnait un prétexte tout trouvé pour briser la glace, et tenter un abordage.

J'étais juste derrière elle dans l'escalator. Mais j'avais retenu la leçon qu'aborder une fille dans un lieu étroit sans lui laisser de porte de sortie n'était pas le plus adapté. La meilleure solution à disposition était donc de l'aborder en sortant de l'escalator.

Mais il était grand, cet escalator. Et il prenait du temps à monter. J'étais juste derrière la fille aux cheveux roses, elle n'avait pas encore remarqué ma présence. La pression commençait lentement mais très sûrement à monter, à monter beaucoup plus vite que l'escalator.

Pour ne pas céder à un stress inutile, je tentais de penser à autre chose. Et en voyant de l'autre côté l'escalator descendant, avec des personnes qui le descendaient à la hâte, tandis que d'autres se laissaient tranquillement amenés à l'étage inférieur, je ne pus m'empêcher de penser à la vie.

Parfois il y a des hauts, parfois il y a des bas. Ces hauts et ces bas, ils pouvaient durer un certain temps. Et nous, on avait quand même la possibilité de traverser activement ces phases, ou de les vivre passivement, jusqu'au prochain stade de notre vie, au prochain étage.

– A quoi est-ce que je suis en train de penser ?

J'étais bientôt arrivé à l'étage supérieur, mais la fille elle était déjà en mouvement. Elle avait fait le choix de traverser activement cette phase.

Il fallait que moi aussi, je traverse activement cette phase. Je me calquai sur son rythme. Très vite, je fus à son niveau.

– Excuse-moi.

– Oui ? fit la fille, qui enleva ses écouteurs.

– Je t'ai vu et... j'ai pensé à tes cheveux, la vie... escalator et...

– Hein ?

– Euuh... Désolé, bonne journée !

Je partis à la va vite, laissant la fille reprendre son chemin, interloquée.

Un peu plus loin, je réfléchis sur ce qui venait de se passer. L'abordage demandait un peu d'improvisation et de self-control. Mais je m'étais auto-sabordé avec ces pensées sur l'escalator pour diminuer mon stress.

Foutu escalator !


Leçons du jour :

– Pour canaliser le stress, il doit y avoir une meilleure façon que penser à des choses sans queue ni tête.

– Peut-être apprendre à respirer un coup entre la première phrase de l'abordage et la seconde pour mieux maîtriser le flot de paroles qui va sortir.

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