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Chapitre 6

Quadruple menace

16 min de lecture · 3 686 mots

L'aube commença à illuminer un petit chemin de campagne. Les premières lueurs du jour réveillèrent les lève-tôts.

– Allons-y Camsey.

– Zzzzzzzzzzz...

– Camsey ?

– Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz...

– Il faut qu'on aille trouver le hacker pour avoir les coordonnées de LeMagicien.

– ...

La minute qui suivit, Camsey fut levé. Jinlei savait que son ami était peu souriant en temps normal. Mais là, il avait vraiment le visage fermé. Pour le traduire en langage des jeunes, il faisait ''une sale gueule''.

– Je ne t'ai jamais vu te lever aussi rapidement.

– Il faut qu'on aille casser la gueule à cet enfoiré.

La nouvelle de la mort d'un jeune homme au Mhe'ery avait ravivé la haine qu'éprouvait Camsey pour le responsable de sa transformation, et de tant d'autres. Même Jinlei n'aurait su dire avec certitude s'il éprouvait de l'empathie pour le Frérot décédé, l'empathie n'était pas quelque chose courant chez lui. Mais à l'évidence, ça avait dû le faire réfléchir un peu.

Jinlei ne savait pas qui, ou ce qu'était FrérotMagicien. Mais sur la planète toute entière, Camsey devait être pour lui la menace numéro une en ce moment même.

Ce qu’ils ignoraient, par contre, c'était que eux aussi, ils étaient également exposés. En réalité, il y avait même plusieurs menaces qui planaient également sur eux. Les trois étaient de différentes natures, mais toutes menaçaient plus ou moins directement de mettre un terme à l'opération de vengeance des deux amis de manière prématurée.


– Encerclez-moi toute cette forêt. Ne laissez-même pas un Sacuride en sortir, compris ?

– Compris !

Certains des hommes qui avaient reçu ses ordres étaient plus vieux que celle qui les avait données, mais tous respectaient la parole de leur supérieure. Elle était encore une jeune femme dans la vingtaine, et avait un look particulier avec ses vêtements en cuir noir, ses cheveux teints en blond cendré et ses lunettes façon vedette de cinéma. Mais tous connaissaient sa réputation et son sérieux en mission.

– Vous êtes sûre que c'est une bonne idée de se disperser face au monstre de la forêt, lieutenant ? Demanda son second.

– Plus vite nous le trouverons, et plus vite nous nous en débarrasserons. Répondit-elle sans hésiter.

– Lieutenant ! Appela un des officiers.

La dirigeante de l'opération sourit. On lui avait donné raison à l'instant suivant. Elle n'en avait pas besoin, car son second également la respectait. Mais elle devait avouer qu'elle avait hâte d'en finir avec cette mission pour passer à quelque chose de plus intéressant.

Elle ne croyait pas du tout en cette histoire de monstre. Pour elle, c'était sûrement un badaud qui avait dû faire un tour dans la forêt en étant plus ou moins lucide, et qui avait dû confondre un animal sauvage avec quelconque créature extraordinaire. Bref, elle voulait terminer cette mission le plus vite possible pour reprendre de vrais dossiers.

Comme Qialm était un petit pays, la police et l'armée ne formaient qu'un seul corps, qui restait malgré tout trop petit pour gérer tous les problèmes qui pouvaient survenir. Et ils avaient suffisamment à faire en ce moment pour s'attarder sur les traces d'un monstre dont l'existence dans ce coin si paisible était encore à attester.

Quand elle et son second arrivèrent, ils ne trouvèrent aucun monstre... mais à la place, il y avait quelque chose de bien moderne, qui n'avait rien à faire dans une forêt.

– Vous pensez que notre monstre a oublié son scooter ici ? Fit-elle, également surprise de voir un tel engin abandonné au beau milieu de nul part.

– En tout cas, il est là depuis quelques temps seulement. Il y a encore de l'essence dans le réservoir. Informa l'officier.

L'observation semblait juste. Le scooter ne semblait pas être issue de la dernière génération, mais il ne devait pas être là depuis si longtemps. Aucun signe de rouille était présent, il paressait même plutôt propre. Une rapide vérification permit de constater que les lumières marchaient encore très bien.

– J'ai quelque chose qui pourrait vous intéresser. Glissa le second, en pianotant sur sa tablette.

La lieutenante prit la tablette, et vit ''Nikita Polina : reconversion professionnelle en braqueuse dans les love hotels ?'' en gros titre. Les photographies présentaient des captures vidéos d'une belle femme armée en train de s'enfuir. Selon un témoignage, elle aurait été aidée par 'un acolyte en cagoule. Les deux se seraient enfuis grâce à un scooter, scooter qui aurait appartenu à un employé de l'enseigne.

– Faut croire que c'est bien le même scooter. Fit-elle en comparant la photo au modèle en face d'elle.

– Je vais l'inspecter plus en détail. Répondit l'officier.

– C'est vrai qu'elle ressemble à Nikita... commenta la lieutenante, toujours en analysant l'article.

– La fille sur la photo ? A priori, c'est peu probable. Nikita a posté une photo d'elle sur les réseaux où elle était en shooting photo à Cayseri très récemment.

– AAAAAH !

Un cri avait retenti au loin, puis, deux coups de feu. Les officiers n'utilisaient leurs armes de feu seulement qu'en dernier recours.

– On bouge ! Cria la supérieure à son second.

Après quelques mètres, ils tombèrent finalement sur l'officier qui avait hurlé. Il s'agissait d'une nouvelle recrue. Son pistolet était encore fumant.

– Que s'est-il passé ? Demanda de suite le second.

– Un... Un félin ! Fit encore l'officier, le pantalon trempé.

Un félin, ici ? C'était clairement suspect. La lieutenante redoubla de vigilance en se tenant prête à dégainer si le besoin se présentait. Elle n'avait pas d’arme à feu, mais plutôt une arme qu'elle avait construite elle-même. Un fouet.

Ce n'était pas un fouet comme les autres. Il s'agissait en réalité d'un fouet équipé d'un petit bouton dans le manche. Une batterie était encastrée dans le manche, et la pression sur le bouton lui permettait d'électrifier le bout du fouet. Par conséquent, elle avait affectueusement nommé son arme le fouetéclair. Elle trouvait que ça sonnait bien.

Et un fouet, c'était parfait pour dresser les animaux un peu trop rebelles. Elle fût bien avisée de penser vite à son cher fouetéclair, car un félin sortit effectivement d'un buisson pour surgir sur elle.

Mais l'animal hostile fût vite à terre, cloué en plein saut par le fouet. Sans hésiter, la supérieure électrifia le fouet pour mettre la bête hors d'état de nuire. Une bête qui était à l'évidence bien étrange.

La lieutenant vit que l'une des balles avait touché la jambe du félin, ce qui avait dû compliquer son saut. Mais en un battement de cil, elle ne vit plus la blessure. Elle eût un moment d'égarement, puis se reprit en se tenant l'arrête du nez avec deux doigts. Les balles du pistolet de sa garnison étaient de qualité, jamais l'animal n'aurait pu sauter comme il l'avait fait s'il avait été touché à la jambe.

– Bien, il est maîtrisé, votre monstre de la forêt.

Delsam l’observa en détails. Monstre, c'était le mot. Jamais elle n'avait vu un félin avec des traits de visage aussi humains. Même son corps était humanoïde ! Le monstre avait un corps de femme svelte et musclé qui n'avait rien à envier à celui de la lieutenant.

En réalité, elle semblait même plus humaine qu’animale, cette... chose. Ses cheveux, ses mains, ses jambes... Ses yeux jaunes s'ouvrirent un instant pour dévisager Delsam. En réaction, un frisson lui parcourut le cours. Ce félin lui disait quelque chose. Elle l'avait déjà vu quelque part, c'était certain. Mais où ?

– Vous. Séchez-vous et allez dire aux autres de la ramener au poste avec la bécane. Peut-être qu'il y a un lien entre les deux...

– Oui lieutenant ! Fit-il en cachant la partie mouillée de son pantalon.

– Le capitaine Polopopo pourra nous en dire plus sur cette affaire. Commenta le second, aussi perdu que tout le reste de la garnison sur cette affaire.

– Ouais, sûrement... répondit la supérieure, en pensant à son chef. Un homme efficace, mais dont l'excentricité pouvait faire grincer les dents.

– Qu'allez vous faire maintenant lieutenant ? Prendre un peu de repos ? Ça fait longtemps que vous n'avez pas vu votre famille, si je ne m'abuse.

– Tant qu'on s'est pas assuré que l'engin et le monstre sont pas arrivés chez nous, on peut pas penser à ça, mais...

Elle enleva ses lunettes de soleil pour mettre la branche droite entre ses deux lèvres pulpeuses, révélant ainsi un regard perçant. Elle aimait dire qu'elle était différente de son frère. Mais ils avaient à peu de choses près les mêmes yeux.

– Tu as raison. Il serait temps que je rende une visite à mon abruti de frère. Cracha Isaina Delsam, la sœur de Camsey Delsam.


– Qu'est-ce qu'on dit ?

– Bon appétit maman ! Bon appétit papa ! Dit de sa voix enfantine Soma.

– Bien, bon appétit tout le monde ! Renchérit Maev.

– Bon app'. Conclut Tarkin.

La petite famille commença son dîner dans le calme, comme d'habitude. Comme d'habitude, Maev anima la conversation sur la table. Tarkin était très peu sociable de nature. Heureusement, Soma avait plus hérité de sa mère que de son père.

– A la télé, ils ont parlé d'une nouvelle mission vers la lune ! Fit Soma, enthousiaste.

– Ah oui mon trésor ? Quel genre de mission ?

– Un voyage avec des personnes !

– Un voyage habité tu dis ? Demanda Tarkin, qui ne pouvait passer ce sujet de discussion.

– Oui ! Ça sera le premier du genre.

– Mais c'est génial mon amour ! On va suivre ça de près !

Tarkin garda le silence. Dans son passé de faussaire, il avait déjà pu rencontrer deux trois personnes qui parlaient de ce genre de projets à venir pour le prochain siècle... et voilà qu'on lui disait que ça allait bientôt arriver, déjà.

Il n'y avait pas à dire, le monde changeait, et à une vitesse folle. Dans leur maison de campagne, ils étaient plutôt à l'abri. Mais Tarkin lança un regard sur sa petite fille. Est-ce que ça allait être suffisant ?

Soudain, quelqu'un toqua à la porte.

– Je vais voir. Continuez à manger. Dit de suite Tarkin en se levant.

– Tu crois que c'est Uliana et Jinlei ? Demanda Maev.

– Possible. Répondit son mari laconiquement.

Tarkin se dirigea vers la porte. Bien sûr que ce n'étaient pas Camsey et Jinlei. Il le savait au fond de lui. Derrière sa porte se trouvait une personne, voire un groupe de personnes. Et qu'importe de qui il pouvait bien s'agir, quelqu'un qui venait chez lui aussi tard ne pouvait être qu'une pertubation.

Tout comme lorsque les deux amis étaient arrivés devant chez lui la veille, il se posta derrière la porte.

– ''Ce n'est qu'à l'aube que le ciel révèle ses plus belles couleurs.''. Si c'est seulement ça que vous attendiez, vous pouvez ouvrir maintenant.

Tarkin manqua de sursauter. Qui était la personne derrière cette porte pour savoir ce vieux code secret qu'il utilisait du temps où il était encore actif ? Ça ne le rendit qu’encore plus prudent.

– Vous m'ouvrez aujourd'hui ou demain ? Ça serait dommage que je doive passer par votre femme ou votre fille pour pouvoir entrer.

Ça, il ne pouvait pas le supporter. Il ouvrit de suite la porte. A sa grande surprise, il tomba sur un homme qui devait être vers le début de la trentaine. Vêtu en cuir noir de la tête au pied, il avait un chapeau qui faisait penser à ceux des cow-boys du Tersawo.

– A la bonne heure.

– T'es qui enculé.

– Vous n'avez pas à le savoir... Mais allez, je vais être gentil. Chimère Mervin, enchanté Tarkin. Votre retraite dans votre petite campagne avec votre adorable famille a causé des malheureux chez nous...

Tarkin ne voulait pas y croire. Mais le dénommé Mervin lui montra une sorte de sigle au motif complexe. Ce motif était composé d'un nuage de fumé d'où sortaient des bêtes apocalyptiques, qui avaient causé terreur et destruction dans les quatre coins du monde. Tout comme le groupe Chimère.

Chimère. Ce nom mystique a été choisi par l'organisation criminelle la plus puissante au monde, mais aussi la plus secrète. Son action n'excluait aucune partie du globe. Partout où vous alliez, Chimère était là.

Tarkin réfléchit très vite. Il les connaissait bien, ceux de la Chimère. Il avait travaillé avec quelques-uns d'entre eux. Que des hommes peu recommandables, qui cherchaient à se créer de nouveaux papiers pour mener une nouvelle vie avec une nouvelle identité. Mais il y avait aussi des exceptions. Sa nouvelle vie, il la devait en partie à un Chimère.

– Qu'est-ce que vous voulez ? Abandonna Tarkin.

– Un renseignement rapide. Vous avez croisé cette personne ?

Mervin lui tendit un journal people. Au début, Tarkin ne comprit pas. Puis il vit en première page ''Nikita Polina : reconversion professionnelle en braqueuse dans les love hotels ?''. Quand il vit la jeune blonde au physique parfait sur les quelques photos publiées, il comprit de suite ce qui clochait.

– Je la connais de nom, votre Nikita.

– Ma question n'a pas été si vous connaissiez Nikita, mais bien si vous connaissiez cette personne...

Tarkin frissonna malgré lui. Il avait bien insisté sur le ''cette personne'', et avait évité d'utiliser Nikita dans la deuxième partie de sa phrase... Est-ce qu'il savait pour Camsey ? Mais comment ?

– Non, je ne l'ai pas croisé votre gamine.

– Vous mentez.

Comment ce jeune venu de nul part pouvait savoir ça ? Il était membre de la Chimère mais... Tarkin savait qu'il ne bluffait pas. Il avait affirmé ça sans la moindre once de doute.

– Je ne sais pas pourquoi vous mentez, monsieur le faussaire. Mais me donner des fausses informations à moi, c'est tout sauf une bonne idée, même pour vous... Dépêchez-vous de faire vos affaires et de dire au revoir à tout le monde. Nous allons partir dans un endroit... plus tranquille.

Tarkin voulut protester. Mais Mervin avait un petit revolver de la taille du poignet de Soma pointé vers lui. Et il avait assez de sens de l'humour et de dextérité pour pointer son arme vers un endroit vital : ses parties intimes. Tarkin aurait presque ri si la situation n'était pas aussi critique.

– Chéri tout va bien ? Résonna de l'autre côté de la maison la voix de Maev.

– Oui... Une autre vieille connaissance. Inventa à moitié Tarkin, qui avait voulu plus que tout couper les ponts avec la Chimère

– Si ça ne tenait qu'à moi, je vous laisserais avec votre femme et votre gosse... Mais ma cliente est quelqu'un d'exigeant, qui veut des résultats concrets... regretta Mervin, avant qu'un bruit de téléphone attira son attention. Et la voilà qui m'appelle, justement. Un instant.

Mervin porta son téléphone à son oreille, et décrocha.

– Madame Polina, nous avons du nouveau pour vous.


– Hin hin hin....

FrérotFidèle, ou FF, posta un nouveau topic à la con sur son forum préféré, la Fratrie. Des ''TALC'', comme les frérots les appelaient, étaient légions. En l’occurrence, il venait d'ouvrir le sujet suivant : ''Renifler la cuvette après le passage d'une fille aux chiottes, vous avez déjà fait ?''.

Très vite, diverses réactions affluèrent. Il était possible de trouver par exemple :

'' Une fois après le passage de ma prof de science. Je me suis faufilé discrètement dans les toilettes des filles dès qu'elle était sortie, et j'ai approché ma tête de la cuvette avec un mélange de stress et d'excitation. La douce odeur qu'il y avait, j'ai tout de suite eu la trique. Impossible après de regarder ma prof dans les yeux pendant plus de deux secondes. ''

'' Repère de turbo déviants/20 ''

'' Dans les toilettes des filles, non. Mais une fois, j'ai fait toutes les cuvettes des toilettes des hommes. Je ne vous raconte pas le pied. ''

'' Ok. Trop de Fratrie pour aujourd'hui. ''

Ce dernier post, il était courant de le voir quand les frérots s'exprimaient sans aucun filtre sur un sujet et que les messages plus saugrenus les uns que les autres commençaient à pulluler au point où eux-mêmes se demandaient pourquoi ils étaient en train de passer leur temps libre sur ça.

FF quitta son topic un temps pour voir ce qu'il y avait d'autre en tendance ce soir. Il disposait d'une certaine réputation au sein de la Fratrie, mais d'autres qui étaient très appréciés et que FF appréciait particulièrement étaient également actifs en ce moment.

Pour en citer quelques-uns, FF voyait Ayx, le frérot un peu fou qui s'était illustré en devenant musclé comme un dieu alors qu'il était tout frêle à l'origine. Aujourd'hui, il se filmait en se mettant en scène avec son corps. Comme il avait un physique avantageux, il aimait poster des photos des filles qu'il trouvait en soirée, et il effectuait des danses dont la chorégraphie était si étrange que certains frérots lui avaient concédé la création d'un tout nouveau genre de danse.

A côté de lui, il y avait aussi FrérotMélomane, célèbre pour ses chansons sur les délires et la culture du forum. Il parlait de son nouveau titre intitulé Paie ma cotis', en référence aux frérots qui ne faisaient strictement rien de leur journée, mais qui avaient tout de même droit aux aides sociales. Aides sociales qui résultaient du travail d'honnêtes personnes, mais qui recevaient le titre affectueux d'''esclaves du système'' de la part des frérots concernés.

Ptitesoeurette manquait à l'appel ce soir. Il faut dire qu'elle jouissait d'une certaine popularité auprès des frérots qui, il fallait le rappeler, étaient pour la quasi-totalité puceaux. Une majorité importante n'avait même jamais eu aucun rapport sentimental avec le sexe opposé. FF nourrissait l'espoir pieux de la voir un jour en vrai et de la marier. Mais il savait qu'il n'était pas le seul sur le coup.

Comme FF était fils unique, et que ses parents biologiques avaient perdu tout espoir sur son cas, la Fratrie était sa seule et unique vraie famille. C'était le cas d'autres frérots, mais c'était décuplé chez lui. A chaque fois qu'il ouvrait la Fratrie sur internet, il était pris de frissons.

FF s'apprêta à alimenter son topic lorsqu'il en vit un qui capta de suite son attention. Il sembla faire écho à un délire très récent au sein de la Fratrie. Un délire qui était même vite devenue une légende.

'' [QUESTION] Bouillav un homme dans un corps de meuf, c'est homo ? ''

FF ouvrit le topic.

'' Pok pok les frérots. Bon je vous la fais courte, un frérot que je connais dans la vraie vie s'est transformé avec l'hypnose du FrérotMagicien en femme. Mais pas la meuf lambda, il est devenu un vrai canon. Au début on était un perdu perdus lui et moi. Mais là je tiens plus, j'ai une trique pas possible à chaque fois qu'il est à côté de moi. Et puis je sais que si je le fais pas maintenant, je n'aurais plus jamais d'occasion. Vous me conseillez quoi les frérots ? ''

L'auteur du topic avait laissé un sondage qui donnait le choix entre '' C'est putain de gay '' ou '' Baise-la/Baise-le, c'est comme tu veux ''. Et ce qui était intéressant, c'est que le résultat était serré : 45% contre 55% en faveur de la deuxième proposition.

LeMagicien... FF ne savait pas trop quoi en penser. Il avait découvert le topic de l'hypnose sur le tard, peu avant qu'il se soit fait effacer. Il n'avait pas eu le temps de faire l'expérience de l'hypnose, mais l'avalanche de topics sur le sujet les minutes suivantes montraient qu'il y avait bien eu quelque chose.

FF traînait dans la Fratrie depuis ses dix ans, et il avait rarement vu des délires décoller aussi rapidement. Il en avait vu encore moins qui étaient carrément passer dans les nouvelles du soir. En effet, bien qu'il n'y eût pas de preuves, des frérots avançaient que la fille retrouvée morte dans un coin de Nba'e ka'a n'était ni plus ni moins qu'un des leurs qui avait fait l'expérience de l'hypnose, mais qui n'avait pas supporté la pression de la transformation, et aurait donc mis fin à ses jours.

– C'est amusant, n'est-ce pas ?

FF manqua un battement de cœur. Qui venait de lui parler à l'instant ? Il regarda autour de lui, et alluma la lumière de sa chambre. Il scruta chaque recoin de la pièce, mais ne trouva rien. Pourtant, il avait entendu distinctement une voix. Ce ne pouvait pas être un enregistrement.

– Flippe pas comme ça. C'est moi, LeMagicien.

C'en fût trop pour FF. Il courut en direction de la porte de sa chambre pour l'ouvrir... mais celle-ci ne s'ouvrit pas. Ou plutôt, non. Elle s'ouvrit, mais elle s'ouvrit sur une porte à l'identique de celle de sa chambre.

– Avant de te casser comme ça, écoute deux minutes ce que j'ai à te dire.

Instinctivement, FF se retourna vers son PC. Celui-ci était allumé, mais n'affichait pas la Fratrie. A la place, il y avait un visage. FF ne connaissait pas ce visage, mais il devina qu'il devait s'agir de celui de Ptitesoerette, son seul vrai amour.

– Maintenant que j'ai ton attention et que tu es un peu plus calme, j'ai une question pour toi... Fratrieland, c'est ton idée à l'origine non ?

Fratrieland... Parmi les délires de la Fratrie, celui-ci était l'un des plus importants, et le plus cher au cœur de FF. Aussitôt la pensée traversa son esprit que le décor de sa chambre disparut pour afficher celui d'un rêve. Quelque chose d'indescriptible pour FF dont le cœur fut noyé sous la joie face à cette vision. Une vision qui dura trente bonnes secondes avant de s’estomper, et de laisser place de nouveau au décor de la chambre de FF.

– Ton amour pour tes frérots, je l'ai senti dès mon premier contact avec la Fratrie... Toi seul a les épaules assez solides pour faire de ce rêve une réalité.

Le cerveau de FF fut alors assailli par des images qui se succédèrent. Des images qui allaient au-delà de l'imagination de FF. Gloire, Amour, Fraternité. Tout semblait sourire dans cette vision aussi vraie que nature. Cette vision où Fratrieland existait.

– Si tu veux, tu peux reprendre le chemin vers la porte pour reprendre ta vie normale. Je t'ai libéré l'accès. Mais si tu tiens autant à la Fratrie et à ton rêve, alors reviens sur ton PC.

FF ne perdit pas un seul instant. Il n'avait jamais eu vraiment de chance dans la vie. Mais là, une apparition divine lui était parvenue. Enfin, sa vie et celle de tous les autres frérots allait prendre un sens.

Sous le regard amusé du dénommé LeMagicien, FF s'attela à son PC, prêt à recevoir ses instructions.

– Tu as pris le bon choix, FF. Toi, la Fratrie, et moi, on va faire des grandes choses tous ensemble....

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